dimanche, mai 18, 2008

Le rêve et la réalité

Première info du jour : Georges Bush à Charm Echeikh promet à Mahmoud Abbas «d'oeuvrer à réaliser le rêve» d'un Etat Palestinien.
Seconde info : aujourd’hui nous sommes le 18 mai, la journée mondiale des musées, et le dernier jour (en Algérie et au Maghreb) du mois du patrimoine.
Quel est le lien entre les deux infos ?
Georges Bush au cours de la visite de ses amis israéliens a fait un petit tour du côté de la mer morte, à la forteresse de Massada.
Palais forteresse construit dans le style classique du début de l’empire romain, Massada est inscrit depuis 2001, sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco parce qu’il est un «symbole de l’ancien royaume d’Israël et de sa destruction brutale» et parce qu’il a été «la dernière poche de résistance des patriotes juifs face à l’armée romaine en 73 de notre ère».
Bush est donc allé visiter les ruines d’une antique forteresse, où des juifs, assiégés par les troupes romaines ont préféré tous se suicider plutôt que de se rendre. «Le courage et la bravoure de ceux qui se sont battus à Massada se retrouvent parmi les Israéliens aujourd'hui», a dit la porte-parole de Bush. C’était le 15 mai 2008, au moment même où les palestiniens commémoraient la Nakba (leur tragédie). Sans une pensée, sans un mot, pour le million et demi de palestiniens assiégés à Ghazza...
Mais, le site de Massada n’est pas le seul inscrit pour Israël sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Tel Aviv aussi a été inscrite en 2003. Sous le titre pompeux de «La ville blanche de Tel Aviv -mouvement moderne», sous prétexte qu’elle «est un exemple remarquable d’urbanisme et d’architecture des villes nouvelles du début du XXe siècle, adapté aux exigences d’un contexte culturel et géographique particulier».
Ah ça, pour particulier, il est vraiment particulier le contexte !
Puisque et pour ce qu’on en sait, la ville de Tel Aviv est construite en partie sur l’ancienne ville de Yafa et de son environnement rural. Un petit coup d’œil sur l’histoire de la ville et un simple regard sur les anciennes cartes, donne une idée sur cette fameuse adaptation signalée sur le site de l’Unesco : massacres, destructions, expulsions, expropriations ont été à l’origine de ce «formidable élan d’urbanisme et d’architecture moderne».
Mais, ce n’est pas tout. Tel Aviv a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, le 5 juillet 2003. Et bien avant cette époque déjà, les palestiniens demandaient de l’aide pour protéger et préserver le site de la vieille ville d’Al Qods, et de la mosquée Al Aqsa inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril. Le site est depuis longtemps menacé de destruction, de disparition à cause de prétendues fouilles archéologiques dans les soubassements de la mosquée, à cause de l’interdiction faite aux palestiniens de restaurer leurs édifices, à cause du prochain passage d'une ligne de tramway, et tellement d’autres facteurs «destructeurs»...
Mais malgré tout, et malgré toutes les tentatives de spoliation de la Mémoire, de l’Histoire ou bien du Patrimoine, tant qu’il y a de la vie, il demeurera toujours de l’espoir, et ça les Samaritains doivent le savoir...
Chronique diffusée sur la radio algérienne, le : 18/05/2008

jeudi, mai 15, 2008

Le Droit pour mémoire

Tout a commencé le mercredi 7 mai 2008, avec Arte et sa «programmation exceptionnelle» à l’occasion du 60ème anniversaire de la fondation d’Israël, le 14 mai 1948. Une programmation à sens unique, à travers une vision, une seule, et devinez laquelle ?
Non, certainement pas celle d’un état créé en plein cœur de l’Orient, pour dédommager les juifs d’Europe des horreurs vécues pendant la deuxième guerre mondiale, de crimes organisés et commis par les européens, en Europe, contre les juifs d’Europe. Une Europe tourmentée par sa conscience qui a décidé de laver ses crimes passés en offrant une nouvelle patrie à une partie de sa population :
Fuyez ! Partez ! Emigrez ! Vous serez mieux loin de nous, et on sera mieux sans vous... et tant pis si notre «générosité» cause le malheur d’une autre population... ailleurs. Si elle provoque une catastrophe telle, qu’elle dure encore 60 ans plus tard... une Nakba que les juifs rescapés de l’horreur nazie devraient être les premiers à comprendre... mais on le sait bien l’Homme n’a pas de mémoire pour les autres.
C’est pourquoi les palestiniens s’en chargent, ils organisent eux aussi et de leur côté les commémorations de la Nakba. Ça se voit actuellement sur la télé palestinienne : rassemblements officiels, manifestations populaires, émissions consacrées à la Mémoire de la Palestine définitivement meurtrie depuis le 15 mai 1948.
60 ans ! Le même âge que la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de l’ONU, née le 10 décembre 1948, suivie le lendemain 11 décembre 1948 par la résolution 194 consacrant le Droit au retour dans leurs foyers, des palestiniens réfugiés, en proposant qu’ils soient indemnisés par les gouvernements ou les autorités responsables des dommages causés à leurs biens laissés derrière eux.
Oui mais, le problème est que : depuis 60 ans, les palestiniens sont toujours réfugiés... et le responsable n’est toujours pas identifié. C’est peut-être là qu’on doit situer le véritable drame des palestiniens : un crime commis en plein jour et devant les yeux de tous, et pourtant... personne pour désigner le coupable. Bizarre...
Alors, inutile de faire la liste des morts, des blessés, des villages détruits, des enfants affamés, de l’eau confisquée, du blocus économique, du bouclage des territoires palestiniens, du mur de la honte (si jamais honte il y a), de vergers entièrement rasés, d’oliviers arrachés, et de tous les droits bafoués, il ne manquerait plus que l’oxygène sur cette liste, s’ils pouvaient... La liste bien sur serait beaucoup trop longue et très douloureuse, même si chaque histoire indépendamment des autres constitue à elle seule une grande douleur et un drame terrible. Et le coupable ne fait aucun doute.
Pendant ce temps, Georges Bush arrive en Israël pour participer en terre sainte aux festivités des 60 ans de la patrie du peuple élu. «Nos deux pays (...) sont fondés sur les mêmes valeurs. Vous et nous avons accueilli des immigrés et lutté contre le terrorisme et les régimes dictatoriaux». Merci de nous rappeler que les Etats-Unis ont été fondés sur les cadavres des indiens d’Amérique.
Mais malgré tout, la même recette ne donne pas forcément le même résultat : les palestiniens sont toujours là, et ils n’oublient rien de leur douleur, ils portent encore sur eux la clé de leurs maisons détruites. Ils gardent encore les documents qui prouvent (si besoin était) leur Droit sur leur terre. Un Droit que le Monde leur reconnaît du bout des lèvres quand il peut entonner à gorge déployée l’hymne israélien.
Chroniques combinées diffusées sur la radio algérienne, le : 10 et 14/05/2008


Caricature de Omayya Jouha trouvée sur le site d'Aljazeera

lundi, avril 21, 2008

Happy Birthday Mr. P...ope !

Avez-vous remarqué que les images venant d’Irak et de Palestine se ressemblent de plus en plus avec le temps ? Entre raids aériens sur des quartiers entiers, morts, blessés, maisons détruites, cratères dans le sol avec une foule autour, des yeux d’enfants effarés, des adultes choqués… quel différence existe-t-il entre l’Irak et la Palestine aujourd’hui? Aucune malheureusement, sinon la géographie...
Dans cet esprit de similitude, les américains sur les traces de leurs amis et alliés israéliens, dressent un nouveau mur à Baghdad. Souvenez-vous l’année dernière c’était le quartier «sunnite» d'Al A'dhamiya qui était séparé de son voisinage «chiite»... Aujourd’hui, un mur va se dresser dans le quartier «chiite» de Sadr City, comme unique solution à la menace «terroriste», de la milice du «chef radical chiite anti-américain» Moqtada Sadr.
Au même moment, en Palestine, une population civile est depuis longtemps enfermée dans le petit territoire qui lui sert de vaste prison. Une prison hermétiquement bouclée et entourée d’un haut et solide mur en béton...Seule solution là aussi à la menace «terroriste» des «islamistes radicaux du Hamas», le Hamas sunnite, faut-il le préciser ?
Pendant ce temps, à New York, le Pape Benedictus XVI poursuit calmement sa visite officielle aux Etats-Unis. Une grande occasion pour laquelle Georges W Bush et pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis s’est déplacé en personne à l’aéroport pour accueillir Benoît 16, en Chef d’Etat !
Pourquoi tant de cérémonie de la part d’un président américain «protestant» pour le Pape des «catholiques» ?
Pourquoi alors que la communauté protestante constitue 51,3 % de la population américaine quand les catholiques n’en constituent que 23,9 % ?
Pourquoi le Pape des catholiques est-il resté sur la cote est des Etats-Unis, entre Washington et New York, alors que la population catholique se distribue plus au sud et à l’ouest à travers une forte communauté latine ?
Po-li-ti-que mon cher Watson !
Attention ! ici pas question de division, bien au contraire... Porteur d’un message de Paix, le Pape veut jeter des ponts entre les religions... et rassembler tous les chrétiens. En pleine campagne électorale américaine ? Il faut croire que oui !
En réalité, la raison est bien plus simple que ça : le Pape était aux Etats-Unis à l’occasion de son 81ème anniversaire (le 16 avril) et du 3ème anniversaire de son élection au poste papal (le 19 avril), deux dates importantes qu’il a de toute évidence choisi de célébrer aux States. Pourquoi pas ?
Surtout si on se souvient que son prédécesseur Jean-Paul II s’est toujours opposé à l’agression contre l’Irak. L'irak que Benoît 16 n'a pas cité dans ses discours lors de cette visite... D’où les bougies soufflées au lieu de cierges allumés.
Chronique diffusée sur la radio algérienne, le : 20/04/2008

mercredi, février 27, 2008

Les morts invisibles

Hier soir 23h30, je zappe sur France 2 et je tombe pile sur cette phrase : "Si vous aidez les talibans, nous le saurons, et nous vous tuerons aussi " un soldat américain parle à des afghans, et ses mots leur sont traduits par un interprète local... Le commentaire du reportage déclare que ce doit être là "un message et une façon de parler qui doivent beaucoup, beaucoup plaire aux chefs de villages et de tribus" commentaire ironique mais le "ratissage" dans les montagnes afghanes continue... et voilà comment je me suis plongée hier soir dans un numéro d’Un œil sur la planète sur France 2.
Un œil sur la Planète, est un magazine géopolitique trimestriel présenté depuis 2002 par Thierry Thuillier à travers une série de reportages sur un sujet d’actualité précis. Hier, le sujet était l’Afghanistan, avec une question pour titre "Mourir pour Kaboul?" (en s'inquiétant du sort des forces de l'Otan déployées là-bas). Bonne ou mauvaise? la question est posée et c'est déjà "Le bourbier" (titre du premier reportage).
On découvre les méthodes "démocratiques" de l’armée américaine, canadienne, ou anglaise à l’encontre d’une population afghane qu’elles étaient venues sauver (nous disait-on) des griffes des talibans : arrestations arbitraires, tirs sans sommation, et encore le reportage est précautionneusement épuré. Les dommages collatéraux sont "grassement" compensés parce qu’il faut "gagner les cœurs et les esprits" selon les propos des soldats américains (culottés ces américains!!!). Malgré cette volonté déclarée, le commentaire du reportage nous dit à moment donné que "pour la plupart de ces militaires la priorité c’est la guerre, l’Humanitaire ? une mascarade...".
Ce qui explique le titre du deuxième reportage intitulé lui "Une reconstruction aux forceps", où on peut voir d'extravagantes bâtisses "privées" élevées dans le Kaboul après Talibans, grâce au triptyque : drogue-corruption-sécurité ( plus de 90% de la production mondiale d’héroine est fournie actuellement par l'opium afghan). Sinon le reste de Kaboul, continue à afficher les images de destructions qu’on lui a toujours connu, où il n y a pas d’eau courante, et où il n y a de l’électricité que pendant 4h tous les deux jours. Le niveau de vie a baissé et les habitants de Kaboul sont au bord/dans la misère.
Le troisième reportage intitulé "Les nouveaux talibans" nous explique les liens étroits entre le Pakistan et l'Afghanistan en matière de "Talibanisme". Taliban signifie étudiant en théologie. Une théologie enseignée dans des écoles/madrasas dispersées entre les deux pays. En plus des liens (familiaux, tribaux, commerciaux) très étroits qui font que les Talibans trouvent refuge au Pakistan, dans ce qui est appelée la "zone tribale" du Pakistan, et qu’il est très difficile de les en déloger. Le gouvernement et l’armée pakistanaise ont essayé de nombreuses fois... en vain.
Le dernier reportage "La France dans l’engrenage" constitue en fait le motif même de cette émission. On voit les soldats français de la force de l’Otan engagés dans la guerre contre les Talibans, même s'ils préfèrent malgré tout s’investir dans la formation d’une véritable armée afghane, qui pourrait se débrouiller seule d’ici quelques années peut-être... selon leurs déclarations.
A la question faut-il renforcer les troupes de l’Otan en Afghanistan ? parce que c’est bien de ça qu’il s’agit, Thierry Thuillier interviewe Najib Malalaï, conseiller du gouvernement afghan qui lui, dit que : "L’Otan a tout faux, ce n’est pas un combat conventionnel, le terrorisme est un ennemi caché, et cette guerre ne peut être remportée par des troupes étrangères, parce qu’elles ne seront jamais suffisantes, parce que le terrain n’est pas propice, et qu’il existe des écarts culturels (comprendre entre Talibans et Otan).
A l’heure où Sarkozy annonce le renforcement des troupes françaises en Afghanistan, Thierry Thuillier demande à l’ambassadeur de France à Kaboul si ça valait la peine de mourir pour Kaboul. L’ambassadeur lui répond que Oui ! en adoptant des mots que lui aurait dit Hamid Karzai, il défend un axe (ou triptyque) France-Afghanistan-Démocratie, même s’il dit aussi que l’Afghanistan représentait "la centralité de toute une série d'enjeux qui se posent ici" hmmmmm...
Mais, ce qui expliquerait le mieux tout ce qui se passe en Afghanistan, serait peut-être cette phrase de Abderrahmane Safi, un homme d’affaire afghan, interviewé dans le deuxième reportage (Une reconstruction aux forceps), et qui dit : "Dans un premier temps vous investissez, ensuite deux ou trois ans plus tard vous retirez les marrons du feu... Je suis certain que dans un proche avenir ce pays se transformera en or, toute entreprise qui commence aujourd’hui un bizness ici aura sa part du gâteau"(!)
Seulement, et pour une émission qui adopte pour titre "Mourir pour Kaboul", il était étonnant, surprenant, choquant, de n'entendre à aucun moment parler des victimes afghanes, les morts civils qui continuent à tomber pour Kaboul depuis octobre 2001. L'émission n'a pas cru bon de donner de chiffres. Sauf celui des forces de l'Otan : 670 morts depuis 2001.
Sur la page de l'émission (mise en lien plus haut) on peut lire un chiffre : 6000 morts en 2007, et on ne comprend pas très bien si ce sont les chiffres de l'année 2007, ou bien les chiffres arrêtés fin 2007... parce qu'en décembre 2001 déjà et selon un article du Guardian, on estimait le nombre des victimes civiles à 3767, victimes directes des bombardements, et non pas celles affectées par le froid, la faim ou la maladie, causés par la guerre...
Mais... c'est vrai qu'il est difficile de bien voir quand on n'a qu'un oeil ;)
N.B : Au cours du reportage "Les nouveaux talibans", cette phrase extraordinaire du commentaire mérite d'être notée : "Après 60 ans d’existence, le Pakistan, le pays des purs, le seul état au monde créé pour une religion se débat avec l’extrémisme"(sic).
Chronique diffusée sur la radio algérienne, le : 26/02/2008

jeudi, février 14, 2008

Plaidoyer contre caricatures, bis.

A l'ocasion de la re-publication d'une caricature du prophète de l'Islam, Mohamed (çalla Allah alih wassalam) au Danemark par 17 journaux, sous prétexte d'une Liberté d'expression sans faille, et en signe de protestation contre la tentative d'assassinat du caricaturiste Kurt Westergaard, je reposte moi aussi, ma chronique postée il y a deux ans... en signe de protestation et d'indignation, parce qu'on le sait bien, la Liberté d'expression n'est jamais absolue,* comme la Liberté tout court d'ailleurs...
"Mon week-end télévisuel a été marqué cette semaine encore par de nombreuses émissions, et par toutes les informations concernant la publication de caricatures du prophète Mohamed (çala Allah âlih wassalam) rééditées après le journal danois, par plusieurs journaux européens et français. Les journaux et les journalistes l’ont fait, selon leurs déclarations, par solidarité avec le journal danois. Ils ont tous invoqué la liberté d’expression, un principe «sacré» dans leurs pays. Un argument fort, avec un sous-entendu gros comme la tour Eiffel, balancé à la figure des pays musulmans, sous entendu censé évidemment les faire rougir de honte.J’éviterais ici de disserter sur le sens du «sacré», ce serait beaucoup trop long, ni sur la morale, trop abstrait peut être même désuet aux yeux de certains, encore moins sur les valeurs, après tout chacun peut avoir les valeurs qu’il veut. Mais (car il y a un grand mais dans cette affaire) comme je ne suis pas une téléspectatrice passive, j’ai voulu jeter un coup d’œil sur les lois dont tout le monde n’a cessé de parler depuis quelques jours, ou plutôt de l’absence de lois limitant la liberté d’expression en Europe, où cette liberté serait absolue (il parait). C’est quand même bizarre d’entendre de tels propos…Dans ma recherche, j’ai découvert que ces caricatures publiées peuvent facilement être qualifiées d'injure, ou d'incitation à la haine et à la discrimination raciale, ou bien de diffamation, en nous référant tout simplement à l'éthique et à la déontologie journalistique universelle, et bien sur européenne. En plus des lois existent bien contre ça.Exemple : « La convention européenne des droits de l’Homme » au chapitre « Droits et libertés », article 10, alinéa 2, il y est écrit, noir sur blanc, que l’exercice de la liberté d’expression doit comporter des devoirs et des responsabilités, et qu’elle peut être soumise -la liberté d’expression donc- à des restrictions et même à des sanctions afin de garantir la réputation et les droits d’autrui. Voilà qui est bien dit.Ce n’est pas tout. En France, la loi sur la presse, prévoit elle aussi de sanctionner des écrits ou des propos à caractère raciste dès lors qu’ils deviennent publics. La loi du 29 juillet 1881, texte de référence en la matière, énumère entre autres modes d’expression incriminés : les dessins, les gravures, peintures ou images lorsqu’ils sont imprimés, vendus ou distribués. Et elle considère comme un délit : la provocation publique à la discrimination, à la violence ou à la haine raciale ; la diffamation raciale publique, et l’injure raciale publique. Les peines prévues pouvant aller de 6 mois à 5 ans d’emprisonnement, accompagnées d’une amende allant de 22 000 jusqu’à 45 000 euros.Voilà qui me rassure. Moi qui croyait naïvement que cette «réputée» liberté d’expression était absolue jusqu’à en être sacrée en Europe, je constate que le législateur européen a heureusement su prévoir les dépassements, et mettre les barrières nécessaires pour garantir une harmonie sociale, continentale et pourquoi pas mondiale !Finalement, les musulmans qui protestent contre cette injure faite au prophète Mohamed (çala Allah âlih wassalam), contre ces diffamations et ces atteintes à leur foi, ne sont pas des extra-terrestres, et ils ne demandent pas la lune. Ils demandent simplement que les lois internationales, universellement reconnues, soient appliquées pour faire valoir leurs droits.Aux dernières nouvelles d’ailleurs, je dois signaler que le journal danois, le Jyllands Posten par qui tout est arrivé, a toujours refusé de présenter des excuses claires pour ces atteintes à l’Islam. Il a tenté par deux fois de clarifier les choses sans perdre la face. Le premier courrier datant du 28 janvier 2006, était adressé au seul peuple saoudien, sans aucune formule d’excuses, juste des regrets, il n’a pas eu l’effet espéré. Le deuxième, en date du 30 janvier 2006, était lui adressé aux arabes, avec toujours les mêmes formules de regrets toujours, il n’a donné aucun résultat.Là, ce troisième courrier daté du 4 février 2006 est beaucoup mieux formulé, il s’adresse aux musulmans (enfin !) il contient des excuses pour le tort causé, et exprime de profonds regrets pour le malentendu. Des excuses qui auraient évité bien des dégâts si seulement elles avaient été prononcées à temps".
* Sur cette vidéo, il est fait un montage de deux numéros de l'émission de Thierry Ardisson, "Tout le monde en parle" qui n'existe plus aujourd'hui sur France 2.
Le montage est fait à partir d'une émission du 11 décembre 2004 et une autre du 11 février 2006 ...

vendredi, février 08, 2008

Achtung, Achtung, ARTE!!!

Soirée Thema sur Arte, mardi 29 janvier 2008 à 22h25.
La Thema avait pour titre : Le Liban, Mosaïque éclatée, où on a pu voir deux films, le premier, Hayda Lebnan (C’est ça le Liban) de Eliane Raheb, et Janoub (Le sud, une histoire chiite) de Nizar Hassan.
Hayda Lebnan, d’Eliane Raheb (réalisatrice libanaise) raconte la vision de la communauté chrétienne (maronite) du Liban. Eliane Raheb cherche à comprendre pourquoi un pays, tourné (normalement) vers la modernité, la démocratie, demeure toujours aussi plongé dans le confessionnalisme... comment la guerre est omniprésente dans la vie des libanais, comment les références religieuses collent au quotidien des gens, et comment la politique est indissociable de la religion et vice-versa.
On suit Eliane Raheb et Zeina Sfeir (le preneur de son) dans leurs familles respectives, au moment des élections législatives de mai 2005, et on constate que rien, mais absolument rien n’est simple au Liban. Même entre chrétiens puisque Eliane Raheb s’intéresse beaucoup à la vision de Sa communauté, en mettant en évidence justement les conflits sanglants qui ont opposé les maronites entre eux, pendant la guerre civile. Des conflits qui continuent toujours aujourd’hui à travers la politique. Les forces libanaises et le courant patriotique libre de Aoun sont toujours opposés politiquement aujourd’hui (en 2008) et pendant le tournage du film. Alors que le Hezbollah était allié du Parti du Futur de Saad El Hariri, et du Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt (auxquels il est opposé aujourd'hui).
En toile de fond, une beauté saisissante d'un Liban au mois de mai, contraste étonnant avec la tempête politique qui gronde...
Janoub de Nizar Hassan (réalisateur palestinien) va après la guerre de juillet 2006, (l’agression israélienne contre le Liban) s’intéresser à la "question chiite" au Liban et essayer de comprendre ce que cela peut signifier d’être chiite, réellement et effectivement. A l'origine de ce questionnement, un article intitulé "Etre chiite maintenant" (An takouna chi3iyan, al'an), publié sur le journal libanais Annahar, le 10 août 2006 (pendant la guerre), par Mona Fayad, universitaire, spécialiste en psychologie. L'article est une critique virulente contre le Hezbollah et sa politique "guerrière", son alignement sur l’idéologie de l’Iran, etc... selon les propos de Mona Fayad. Un article qui a provoqué la colère de beaucoup de monde, notamment du réalisateur palestinien (arabe israélien) Nizar Hassan, qui va exploiter cette colère positivement (selon son commentaire) en faisant ce film pour essayer de comprendre ce que cela signifiait d'être chiite au Liban aujourd’hui...
Il rencontre des chiites, de milieux différents, ne se reconnaissant pas dans le Hezbollah, ni dans Amal d’ailleurs : Mona Fayad ; Bissan Tay journaliste au journal Al Akhbar qui à l’époque avait répondu à Mona Fayad par un autre article "Etre créatif ou résistant" (An takouna moubdi3an aw mouqawiman); Loqman Mohsen Selim, photographe ; Issam, palestinien chiite... Des chiites qui ne sont pas comme on peut l’imaginer, ou alors comme les montrent à chaque fois les médias, c'est à dire juste des embrigadés. Mais plutôt des libanais avec leurs gouts, leurs histoires, leur rêves, et leurs cauchemars aussi parce que les souvenirs de la guerre civile sont omniprésents, la douleur, la peur un peu, et les silences beaucoup...
Deux beaux films pour expliquer la complexité du Liban, difficile à cerner de l’extérieur. Une complexité qui semble peser sur la vie quotidienne des libanais, souffrant visiblement du confessionnalisme...
Belle programmation d'ARTE me diriez-vous, seulement voilà! Un article de la même Bissan Tay, journaliste à Al Akhbar, et interviewée pour les besoins du film de Nizar Hassan, nous apprend que ce film a été "écourté" et diffusé dans une version de 58 mn alors qu'il est d'une durée de 75 minutes. Sans parler de la deuxième rediffusion dont bénéficie le film d'Eliane Raheb mais pas celui de Nizar Hassan... Plus encore, Bissan Tay exprime sa surprise quand à la date de diffusion puisqu'il était convenu (selon elle) que ces deux films soient diffusés le jeudi 14 février 2008, date anniversaire de l'assassinat de Rafiq Al Hariri. ARTE lui aura préféré ce jour-là le chocolat.
Devrais-je trouver une raison à ce changement de programme, et dire que la cause en serait peut-être celle-là??? ARTE n'en est pas à sa première censure... j'ai dit censure?
Un petit lien qui ne coute rien : Nizar Hassan, réalisateur palestinien (arabe israélien) a réalisé un film documentaire "Egteyah" sur l'invasion israélienne du camp de réfugiés de Jenine en avril 2002. Un autre réalisateur palestinien (arabe israélien) Mohamed Bakri a lui aussi réalisé un film documentaire sur le même sujet. "Jenine Jenine" décrit les massacres commis par l'armée israélienne contre la population civile du camp de réfugiés de Jenine.
Le film réalisé entre avril et juin 2002 rassemble des témoignages de survivants de la tragédie. Il a été censuré en Israel avec comme prétexte, selon l’organisme de censure : "que le film a le tort de laisser croire que les soldats israéliens ont intentionnellement et systématiquement perpétré des crimes de guerre"(sic)...
Le mardi 1er avril 2003, ARTE déprogramme le film annoncé, sous le prétexte qu’ "un tel film, en raison de la dureté de ses images, puisse exacerber les tensions communautaires en pleine guerre du Golfe" re(sic). En fait, des pressions exercées par les mouvements pro-sionistes en France avaient exigé la déprogrammation du film, en "conseillant" un changement dans la programmation d'ARTE qui se devait d'être plus "réaliste" re-re (sic). Le samedi suivant, 5 avril 2003, l'émission Metropolis d'ARTE, consacre un reportage sur "Jenine Jenine" pour déclarer que le film n’était pas crédible, que ce n’était que de la propagande et que c'est la censure en Israël qui en a fait un film culte. Ben voyons...
Pour un poisson d'avril, c'en était un et un gros, plus près de la couleuvre je dirais...
Combinaison de deux chroniques diffusées sur la radio algérienne, le : 27/01 et 06/02/2008