N'est-ce pas là, la première question que doit se poser un bon détective (ou journaliste) avant de commencer à faire travailler ses cellules grises ?
Jusque-là mon inquiétude s'était résumée à ce que risquait de provoquer un débordement de fanatiques pendant ou après le match Algérie-Egypte. C'est ce qui très souvent gâche la "beauté" du jeu, tout en étant un comportement malheureusement courant chez les fous de foot. Mais comme le match du Caire n'a pas été décisif, le buzz médiatique a continué en prenant cette fois-ci des proportions alarmantes. C'est ce qui a poussé certains, comme le chanteur Ahmed Mekki par exemple, à appeller au calme et à la raison.
Mais jusque-là et du côté algérien, les "pics" médiatiques n'étaient lancés que par quelques journaux (la télé et radio publiques n'ayant pas participé à ce délire), ou par des internautes pour la plupart anonymes à travers des vidéos ou des chansons très agressives c'est vrai. Sans parler d'un public sportif qui utilise tous les moyens pour déstabiliser l'équipe adverse. J'ignore si c'est toléré partout dans le monde, mais c'est en général ce qu'on voit à la veille de matchs importants en Algérie, et sans doute en Egypte aussi.
Mais en Egypte justement, l'existence de chaînes de télé "privées" a lui réussi à alimenter une psychose, une haine et une rage contre le public algérien qui se préparait à assister au match du Caire. L'équipe algérienne a d'ailleurs essuyé une attaque contre son bus dès sa descente sur le sol égyptien. Quant aux supporters algériens, ils auraient subi des agressions physiques après le match.
Jusque-là je ne rapporte que ce qui a été dit, puisque les informations officielles et sures ont manqué. Les vidéos d'amateurs ont remplacé l'information journalistique et la rumeur a gonflé. Il y aurait eu des morts algériens au Caire. Une information démentie officiellement en Algérie et en Egypte mais qui malgré tout, a causé des dégâts graves aux entreprises égyptiennes en Algérie.
Des évènements repris et grossis par une certaine presse et certaines télés privées en Egypte, qui ont continué à souffler sur les braises avant le match d'appui au Soudan.
Et voilà qu'hier pendant que l'Algérie célébrait officiellement la victoire, en Egypte, et sur l’une des chaînes (El Mehwar) les plus zen et les plus lucides jusque-là dans cette affaire, une véritable fronde politique se constitue contre l'Algérie.
Jusque-là, je voyais un Amr Adib (quelques bribes de vidéos sur le net) avec un certain amusement, vu que son show se nourrit de scandales en tous genres et de polémiques stériles. N'est-ce pas lui qui avait essuyé des insultes (en direct) de son équipe nationale parce qu'il avait rapporté des infos mensongères sur leur séjour en Afrique du sud? Mais ces derniers jours chez Amr Adib, on peut par exemple (en toute impunité et en direct) appeller carrément au meurtre de tous les algériens en Egypte !
Tout ça, parce qu'il semblerait selon les égyptiens (comme c'était le cas pour les algériens) puisque la rumeur là aussi a remplacé l'information et puisque les images amateurs font office de preuves. Il semblerait donc, selon des parlementaires et journalistes "sérieux", présents à un débat dans l'émission "48 heures" sur la chaîne El Mehwar, qu'au Soudan les égyptiens auraient subi les pires exactions. Des bus auraient été saccagés, des personnes attaquées au couteau et autres armes blanches (ou à feu), etc. Ce qui aurait poussé les autorités soudanaises, grâce à la contribution de Alaâ et Djamal Moubarak à faire fuir les égyptiens très vite vers l'aéroport et à les renvoyer chez eux dans les plus brefs délais pour assurer leur sécurité.
Alaâ Moubarak a dit exactement la même chose que les algériens revenus d'Egypte : "Louons Dieu de n'avoir pas gagné ce match".
Le public algérien présent à ce match au Soudan serait un groupe de mercenaires lancé contre les égyptiens par les autorités algériennes elles-mêmes. C'est ainsi que les journalistes et parlementaires présents à ce débat d'hier soir ont appelé très sérieusement à renvoyer l'ambassadeur algérien au Caire, et à couper toute relation avec l'Algérie. Au même moment devant l’ambassade d’Algérie au Caire une foule d’égyptiens s’est rassemblée pour exiger le renvoi de l’ambassadeur algérien, en scandant "Dehors ! Dehors ! ". Pourtant, la veille à peine, Ahmed Abou El Gheit, ministre égyptien des affaires étrangères, déclarait que tout allait bien entre l'Algérie et l'Egypte. Les égyptiens rentrés chez eux ne constituaient que 20% de la communauté totale travaillant en Algérie. Ils ont profité de "conditions particulières", comme le transport gratuit, pour passer les vacances de l’Aïd parmi les leurs, a-t-il déclaré.
Ignorant ces informations, les deux journalistes et animateurs du débat télévisé d'hier soir, ont préféré déclarer au début de l'émission leur solidarité avec Amr Adib et Ahmed Moussa (qui a appelé au meurtre des algériens), en ajoutant à la fin de l'émission qui a duré six (06) heures, au lieu d'une heure et demi habituellement. Ils ont déclaré donc comme une menace que l'Egypte possédait un appareil médiatique redoutable et que l’Algérie n’avait pas de chaîne satellitaire (c-a dire privée). Mais n’est-ce pas là justement l'aveu de culpabilité qui manquait?
Ils n'ont pas oublié de blâmer au passage Aljazeera et Alarabiya qui ont (selon ces deux personnages) tu ces "évènements" du Soudan pour des raisons qu’ils ignorent. Même si n’importe quel téléspectateur averti sait pertinemment que Alarabiya et Aljazeera ont deux lignes éditoriales diamétralement opposées.
Quant aux parlementaires et journalistes présents (Moustafa Bakri, Magdi Al Gallad, Mahmoud Maârouf et Karam Jabr), ils ont versé dans le mensonge, la haine et l'injure, en prenant comme exemple ces pourtant dits "mercenaires" envoyés au Soudan pour tomber dans les absurdes généralités de n'importe quel égyptien lambda (assis au café du coin) et déclarer que l'algérien est comme-ci ou l'algérien est comme ça. Je vous éviterai les détails indignes de supposés intellectuels qui devraient avoir suffisamment de connaissance et de recul pour pouvoir distinguer des supporters de foot d’un peuple tout entier.... des "mercenaires" de gens normaux.
Alors, à qui profite tout ce tapage autour de ce qui se serait passé au Soudan ? Les égyptiens qui travaillent à faire annuler le résultat de ce match ? Ou bien l’Algérie qui ticket en poche ne rêve plus que d’Afrique du sud ?
